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Pourquoi devenir Franc-
Par J-
Plutôt qu’un inventaire fastidieux des oeuvres de bienfaisance lancées ou soutenues
par notre Ordre ou une liste des grands hommes que notre fraternité a pu compter
et compte encore dans ses rangs, nous allons tenter ici de voir quelles sont les
raisons qui pourraient pousser un homme du XXème siècle à devenir, lui aussi, Franc-
De tout temps et c’est aussi naturel que juste, les hommes, indépendamment de leurs conditions, formations ou cultures ont toujours été, quoiqu’ils aient fait, à la recherche du bonheur, ou, exprimé différemment, ont cherché à donner un sens à leur vie. Dans cette quête ils ont tout tenté, tout essayé, en empruntant les voies les plus diverses et les plus étranges, et ce dans tous les sens et dans toutes les directions.
Comme le dit très justement Mr Jan Marejko, « tout homme sans exception cherche le bonheur et même ceux qui vont se pendre le cherchent encore ». Aujourd’hui, en raison du progrès de la technique, cette quête du bonheur prend faussement la forme de la recherche d’un espace protégé, loin des fumées du monde et de la sueur des hommes. Espace protégé d’une voiture qui permet d’échapper aux transports en commun; espace protégé d’une villa qui permet d’échapper à la ville; espace protégé d’une île déserte qui permet d’échapper à la civilisation et enfin comme fuite ultime, espace protégé de la mort qui par le suicide permet d’échapper au monde. Si la vie n’a pas de sens et donc que la mort est le meilleur des espaces protégés possible, autant y aller tout de suite si cette protection reste l’ultime recherche.
Chacun se dit qu’une fois cet espace protégé atteint, il pourra enfin être lui-
Telle est aussi la forme du paradis chez de nombreux croyants dont la foi consiste à s’accrocher à la promesse d’une dilatation future du moi, loin du monde et de ses miasmes. Ils ont peur d’un monde où ils se sentent méprisés, ignorés ou bafoués, mais se consolent en se disant que Dieu, Lui, saura reconnaître leur valeur et qu’il montrera un jour à toute l’humanité qui ils sont.
Devant un tel affadissement de la foi, le marxisme a pu paraître bien plus profond. Il proposait de la sueur, des larmes et du sang. Etre communiste, c’était se rapprocher des hommes pour partager leur souffrance et construire avec eux un monde meilleur. Le malheur était que le communisme proposait lui aussi un espace protégé: celui de la société future où chacun pourrait enfin se dilater à son aise. La foi marxiste, apparemment supérieure à la foi d’un christianisme bourgeois en ce qu’elle proposait un partage dans la lutte et non seulement dans la souffrance, s’est finalement révélé plus limitée encore.
Entre « l’espace de dilatation » de la future société sans classe et « l’espace de dilatation » du paradis bourgeois dénoncé par Nietzsche, il n’y avait pas de différence significative: l’un et l’autre aiguisaient dans le moi un égoïsme qui conduisait au mépris d’autrui et au mépris de la création.
Même processus dans une certaine idéologie libérale qui, par l’accroissement continu
de la produc-
L’âge moderne abonde en programmes qui, malgré leurs différences, promettent le bonheur sous la forme d’une dilatation du moi. Chacun rêve ainsi du jour où il pourra s’installer au centre d’un Jardin, que ce dernier soit libéral, marxiste ou paradisiaque, si bien que la vieille promesse du Serpent (vous pourrez vous installer au centre du Jardin) a retrouvé, sous les atours du progrès technique, la plus grande actualité. Les hommes s’activent pour rejoindre l’espace enchanté que fait miroiter cette promesse: plus il y aura de machines, de commerce, d’industrie, de progrès, de science et de gadgets, plus proches serons nous du Milieu du Jardin et plus vite pourrons nous goûter à la dilatation illimitée de notre moi.
Dans l’idée qu’au jour de notre plus grande dilatation, nous goûterons à la vraie vie et aux plus beaux fruits du Jardin, nous passons ainsi notre vie à éloigner les obstacles matériels de ce que nous pensons être notre propre épanouissement et perdons ainsi un temps précieux à attendre de nos illusoires gadgets, dont ça n’a jamais été la finalité, qu’ils nous conduisent à notre vraie place et à notre raison d’être.
Or ce jour n’arrive jamais. La promesse du Serpent est un mensonge et c’est ce qu’enseigne
depuis trois mille ans la Tradition, qu’elle soit juive, chrétienne, musulmane ou
encore essénienne, alchi-
Dans ces conditions, est-
Qu’est-
Il peut sembler hasardeux et même présomptueux de vouloir aborder ce sujet et pourtant,
cette recherche du bonheur, même exprimée de manières très différentes, est l’une
des rares vrais raisons de vivre qui soit offerte aux humains. Cette préoccupation
est éternelle et reste bien enten-
Or, le bonheur est à la portée de tous, car potentiellement il est en chacun de nous et tout le monde pourrait être en mesure d’en concrétiser sa part.
C’est ainsi que, sans vouloir définir ni causes ni raisons, on peut tenter le pari du bonheur en essayant d’être bien dans sa peau, par la recherche de l’harmonie avec le monde et ses habitants et atteindre ainsi, selon la définition de Larousse, la plénitude de sa satisfaction intérieure. Pour cela, il faut être en mesure d’accepter la réalité telle qu’elle est réellement et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. C’est à cette recherche que tend principalement l’enseignement maçonnique.
Il est évident que la vie est synonyme de lutte, de travail, d’efforts et de confrontations, pourtant cette constante, loin d’être une limitation, peut au contraire et doit être à la base du développement de l’être.
Dans cet esprit, l’enseignement maçonnique consiste à permettre à chacun, en fonction
de ce qu’il est vraiment, de trouver sa vraie place dans le monde et pour cela, cet
enseignement commence par inciter le néophyte à rechercher en lui-
Comme le dit Jabès, on ne peut ni s’épanouir, ni évoluer, si l’on n’accepte pas sa condition, quelle qu’elle soit, comme un fait accompli. Lorsqu’il est devenu clair que la fuite dans n’importe quelles promesses de dilatation future n’est qu’une échappatoire inutile, il est temps de commencer à bâtir sa vie sur des bases stables, concrètes et solides.
La Franc-
La Maçonnerie essaie simplement d’apprendre à ses membres à être des hommes libres
et conscients, capables d’être eux-
La Franc-
Comme le dit Guillaume de Nassau, Prince d’Orange: « Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » (Guillaume, dit « Le Taciturne »); la mission du cherchant est donc de se mettre en route pour trouver en lui et avec l’aide de ses semblables, le sens qu’il veut donner à son existence.
La Franc-
La Maçonnerie, société fraternelle, est donc surtout une discipline personnelle, qui propose un regard neuf sur les choses et les gens et qui permet une prise de conscience de la valeur réelle, mais relative du monde et des gens qui nous entourent.
Elle exige détermination mais avec humilité, ouverture mais avec retenue et surtout amitié et respect pour tout et chacun. Avant d’affirmer, le Maçon apprend à écouter pour être en mesure de se forger une opinion complète, non dogmatique, non idéologique, non bornée à des visions ou des intérêts à court terme. Il peut ainsi s’intégrer sciemment au macrocosme et faire librement partie du monde, à sa place et à son niveau.
La Franc-
Ces échanges permettent, par leur qualité et leur élévation, de (re)trouver une certaine dimension spirituelle et de vivre d’intenses moments de convivialité. Ils aident à porter sur la vie un regard conscient, susceptible de diriger la (re)construction de son existence conformément à ses vrais besoins, désirs et aptitudes.
La démarche de la Franc-
Les Maçons ne sont bien entendu guère différents des autres hommes, mais ils ont, s’ils le veulent et le peuvent, le moyen de savoir pourquoi ils sont sur terre. A eux de faire l’effort de le découvrir, pour leur plus grand bien et pour celui de tous les hommes.